Groupe d’analyse des pratiques

De par la diversité des situations et problématiques rencontrées, les professionnels sont confrontés sur le terrain à des accompagnements complexes. Un travail d’analyse des pratiques leur permet de questionner leurs positionnements professionnels.

Objectifs

Cette formation, dans le cadre de la formation continue, doit permettre d’ouvrir un espace d’échanges, de réflexions et d’écoute afin de :

– Développer la capacité d’analyse des situations, de leur contexte et des enjeux qui les traversent.

– Travailler sur les tensions internes mobilisées dans l’exercice de l’activité.

– Découvrir les logiques mises en place et leurs liens avec les intentions, les désirs, les positions comme la posture adoptée.

– Mettre en mot, élaborer des situations vécues.

– Atténuer le sentiment d’isolement par la circulation des pratiques.

– Générer une identité et un sentiment d’appartenance professionnelle.

– Prendre du recul sur des situations professionnelles complexes.

– Échanger afin d’articuler le faire, les savoir-faire et savoir-être dans une démarche collective de confrontation de pratiques.

– Acquérir et/ou perfectionner ses connaissances théoriques sur le public accueilli et les problématiques psychiques rencontrées.

Public concerné

Les séances d’analyse des pratiques s’adressent aux professionnels.

Moyens pédagogiques et contenus

– Définition et mise en place du cadre de l’analyse des pratiques (confidentialité, non jugement, bienveillance, écoute, réflexion).

– Échanges avec les participants à partir de situations professionnelles exposées pour lier les données conceptuelles et la pratique.

– Apports théoriques sur les problématiques psychiques interrogées.

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Qu’est-ce qu’un groupe d’analyse des pratiques ? Quelles en sont les visées ?

Un groupe d’analyse des pratiques est un dispositif groupal dédié aux professionnels dont les fonctions comportent des dimensions relationnelles, que ce soit dans les champs de l’éducation, de l’entreprise, du médical ou du social.

Ce travail de groupe a pour visée de questionner le sens de sa pratique, la cohérence, la cohésion, le sentiment d’identité professionnelle et l’éthique.

Il est envisagé comme un pas de côté à effectuer pour se déprendre de l’acte et le penser. Il s’agit de prendre conscience de sa pratique professionnelle et de se distancier du vécu professionnel, pour prendre du recul.

Il permet aussi aux professionnels, à partir de situations issues de leur pratique quotidienne, de renforcer leurs expertises, leurs compétences, leurs connaissances.

Ce travail effectué en groupe facilite l’échange, le partage, et diminue le sentiment d’isolement que peuvent éprouver certains professionnels.

En bénéficiant de l’écoute des autres et du regard extérieur faisant tiers, le professionnel est capable de prendre du recul sur ce qui l’anime mais également de développer ses capacités de compréhension et d’ajustement.

Le positionnement professionnel se décale et s’affirme au fur et à mesure de ce travail.

Dans l’exercice de sa fonction, chaque professionnel se trouve renvoyé à des questionnements liés à sa posture. L’interaction avec le groupe de pairs et le recul  favorisé par la présence du tiers permettent un travail sur cette question. L’expérience se construit en étant verbalisée et confrontée aux regards croisés du groupe. Les composantes subjectives et objectives en sont alors dégagées.

Quelle est la démarche ?

En tant que psychologues cliniciennes, nous nous appuyons sur la théorie, l’écoute, l’analyse et la déontologie, qui font l’expertise de notre profession.

Animer un groupe d’analyse des pratiques fait appel à différentes compétences.

Au-delà de l’animation, il s’agit de réguler les relations entre les professionnels et d’être garant d’une bienveillance entre eux pour que la parole puisse circuler librement.

Le psychologue s’adresse à un groupe dont il doit repérer la dynamique de fonctionnement, mais il s’adresse également à chaque sujet dans ce groupe.

En individuel comme en collectif, le superviseur doit se trouver dans la position de neutralité bienveillante énoncée par Sigmund Freud, c’est-à-dire se détacher de ses propres représentations pour accueillir la parole de l’autre. Faire place nette de tout jugement, le principe déontologique inhérent à la fonction de psychologue.

Animer un groupe d’analyse des pratiques pourrait s’apparenter :

  • Au fameux « holding » dont parle Winnicott, c’est-à-dire le « portage » psychique, le soutien de la parole et du vécu du professionnel. Portage qui peut également être effectué par le groupe dans le dispositif collectif.

  • Ou encore à la fonction alpha, théorisée par Bion qui consiste à transformer les vécus émotionnels bruts en pensées, en passant par l’écoute, la parole et l’élaboration, à reconnaître l’autre dans ce qu’il vit.

Le psychologue doit avoir des connaissances théoriques sur le fonctionnement psychique lui permettant de comprendre et d’évaluer les différentes situations exposées par les professionnels.

En position d’écoute empathique, il se doit de rester en retrait et ne doit ni imposer son point de vue ni  se substituer aux professionnels dans l’élaboration des pistes d’action dans leur pratique. Sinon, il serait dans « le discours du Maître », défini par Jacques Lacan comme celui qui sait à la place et pour l’autre, position de toute-puissance qui ne permet pas l’écoute.

Le psychologue doit ainsi tenir et garantir un cadre sécurisé d’élaboration, d’échanges, et d’écoute, tout en se tenant en retrait pour laisser émerger la parole de l’autre.

Afin de créer l’espace nécessaire à l’analyse des pratiques, le psychologue doit énoncer trois règles fondamentales:

  • La confidentialité. Tous les participants doivent respecter la confidentialité des échanges dans cet espace de travail. Ce principe est inhérent à l’installation de la confiance qui ne se donne pas d’emblée, mais qui s’acquiert.

  • Le non-jugement. Le groupe d’analyse des pratiques est un lieu où les professionnels vont exposer ce qui les interroge dans leur pratique, ce qui les travaille, leur pose problème. Nous partons du principe que, dans une situation donnée, l’acte qui pose question dans l’après-coup au professionnel l’est parce que dans ce moment-là, avec cet usager-là, pris dans cette relation-là, il n’a pas pu faire autrement. Il ne s’agit donc pas de le juger mais de travailler sur ce qui l’a amené à poser cet acte qu’il pense non pédagogique ou non éducatif, pour éviter que cela ne se répète.

  • L’écoute. Le groupe d’analyse des pratiques est un espace de parole certes, mais il est également basé sur l’écoute des uns et des autres, un temps où la parole de chacun a la même valeur. Le rôle du superviseur est donc de veiller à la circulation de la parole et à son respect.

Le psychologue est garant du cadre qui permet de limiter le retentissement personnel, qui est verbalisé à chaque rencontre. Son rôle est d’être contenant pour que les professionnels se sentent en sécurité pour évoquer la ou les situations qui posent problème.

Dans un premier temps, le professionnel expose la situation qui l’interroge. Il s’exprime librement avec les mots qui lui parlent. Il évoque ce qui le questionne et les difficultés rencontrées.

Les autres professionnels écoutent jusqu’au bout l’exposé, le récit, puis ils peuvent demander des précisions sur la situation. Si certains d’entre eux connaissent la problématique, il peuvent également intervenir.

Cet autre temps permet d’interroger sur ce qui se joue. Le psychologue met au travail un questionnement afin que les professionnels essayent de dénouer la ou les problématiques liées à cette situation. Chacun peut s’exprimer librement et écouter son collègue.

Un apport théorique est apporté permettant ainsi d’éclairer sous un autre angle la situation exposée.

Dans une dernière étape, des propositions sont faites afin d’avancer ensemble sur cette situation.

Au travers de cette situation, chacun est amené à réfléchir sur son activité professionnelle ; cela « met au travail » une façon de penser /panser les problématiques et d’avancer dans sa pratique.

Il s’agit pour le groupe et pour chacun de prendre du recul en bénéficiant du regard extérieur.

À partir d’une pratique professionnelle racontée, le professionnel déplace, transfère dans cet espace ce qui est de l’ordre du vécu, de l’éprouvé et du ressenti.

C’est un espace de parole et de pensée dans l’après-coup où la parole écoutée, entendue et élaborée par le professionnel, ses collègues et le superviseur, va produire un sens à la pratique.

Il s’agit donc d’un espace clinique de travail psychique s’appuyant sur l’écoute et la parole. Un lieu où l’on opère une séparation dans le ressenti émotionnel brut entre ce qui est de l’ordre de l’histoire de l’usager et de celle du professionnel. Parce que dans les métiers d’accompagnement, de soins, de relation d’aide, les professionnels travaillent avec leur formation et références théoriques, certes, mais également avec ce qu’ils sont eux-mêmes en tant qu’individus. C’est ainsi que, parfois, ce que l’on ne comprend pas de l’autre, c’est ce que nous ne comprenons pas de nous-même.

L’espace du groupe d’analyse des pratiques consiste donc en un lieu de transformation des affects par la parole et l’élaboration commune au groupe.

Il est également le lieu de réflexion sur l’essence même de sa fonction, de son identité professionnelle, de ses valeurs. Un temps où l’on interroge ses missions, le sens, son identité professionnelle, son appartenance, et le cadre qui le définit.