Groupe d’analyse des pratiques

De par la diversité des situations et problématiques rencontrées, les professionnels sont confrontés sur le terrain à des accompagnements complexes. Par conséquent ils nécessitent un travail d’analyse des pratiques afin de questionner leurs positionnements professionnels.

  • Qu’est-ce qu’un groupe d’analyse des pratiques ? Quelles en sont les visées ?

Un groupe d’analyse des pratiques est un dispositif groupal dédié aux professionnels ayant des fonctions qui comportent des dimensions relationnelles que ce soit dans les champs de l’éducation, de l’entreprise, du médical et du social.

Ce travail de groupe a pour visée de questionner le sens de sa pratique, la cohérence, la cohésion, le sentiment d’identité professionnelle et l’éthique.

Il est envisagé comme un pas de côté à effectuer pour se déprendre de l’acte et le penser. Il s’agit d’une prise de conscience de sa pratique professionnelle, de se distancier du vécu professionnel, pour prendre du recul.

Il permet aussi, aux professionnels, à partir de situations issues de leur pratique quotidienne de renforcer leurs expertises, leurs compétences, leurs connaissances.

Ce travail effectué en groupe facilite l’échange, le partage, et diminue le sentiment d’isolement que peuvent éprouver certains professionnels.

En bénéficiant de l’écoute des autres et du regard extérieur faisant tiers, le professionnel est capable de prendre du recul sur ce qui l’anime mais également de développer des capacités de compréhension et d’ajustement.

Le positionnement professionnel se décale et s’affirme au fur et à mesure de ce travail.

Chaque professionnel se retrouve renvoyé à des questionnements liés à sa posture dans l’exercice de sa fonction. On y travaille avec l’interaction du groupe de pairs et avec cette prise de conscience liée au recul et favorisée par la présence du tiers. L’expérience se construit en étant verbalisée et confrontée aux regards croisés du groupe. Les composantes subjectives et objectives en sont alors dégagées.

  • Quelle est la démarche ?

En tant que psychologues cliniciennes, nous nous appuyons sur la théorie, l’écoute, l’analyse et la déontologie, qui font l’expertise de notre profession.

Animer un groupe d’analyse des pratiques, fait appel à différentes compétences.

Au-delà de l’animation, il s’agit de réguler les relations entre les professionnels et d’être garant d’une bienveillance entre eux pour que la parole puisse circuler librement.

Si le psychologue s’adresse à un groupe dont il doit repérer la dynamique de fonctionnement, il ne doit pas oublier qu’il s’adresse aussi à chaque sujet dans ce groupe.

En individuel comme en collectif, le superviseur doit se trouver dans la position de neutralité bienveillante énoncée par Sigmund Freud, c’est-à-dire se détacher de ses propres représentations pour accueillir la parole de l’autre. Faire place nette de tout jugement, ce qui est le principe déontologique inhérent à la fonction de psychologue.

Animer un groupe d’analyse des pratiques, pourrait s’apparenter :

  • Au fameux « holding » dont parle Winnicott, c’est-à-dire le « portage » psychique, le soutien de la parole et du vécu du professionnel. Portage qui peut, également être effectué par le groupe dans le dispositif collectif.

  • Ou encore à la fonction alpha, théorisée par Bion qui consiste à transformer les vécus émotionnels bruts en pensées, en passant par l’écoute, la parole et l’élaboration, à reconnaître l’autre dans ce qu’il vit.

Le psychologue doit avoir des connaissances théoriques sur le fonctionnement psychique lui permettant de comprendre et d’évaluer les différentes situations exposées par les professionnels.

En position d’écoute empathique, il se doit de rester en retrait et de ne pas imposer son point de vue, ni se substituer aux professionnels dans l’élaboration de la mise en place de pistes dans leur pratique. Sinon, il serait alors dans « le discours du Maître », défini par Jacques Lacan comme celui qui sait à la place et pour l’autre, position de toute-puissance qui ne permet pas l’écoute.

Le psychologue doit ainsi tenir et garantir un cadre d’élaboration, d’échanges, et d’écoute, sécurisé, tout en se tenant en retrait pour laisser émerger la parole de l’autre.

Afin de créer l’espace nécessaire à l’analyse des pratiques, le psychologue doit énoncer trois règles fondamentales:

  • La confidentialité. Tous les participants doivent respecter la confidentialité des échanges dans cet espace de travail. Ce principe est inhérent à l’installation de la confiance qui ne se donne pas d’emblée, mais qui s’acquière.

  • Le non-jugement. Le groupe d’analyse des pratiques est un lieu où les professionnels vont exposer ce qui les interroge dans leur pratique, ce qui les travaille, leur pose problème. Nous partons du principe que dans une situation donnée, l’acte posé par le professionnel qui lui pose question dans l’après-coup, l’a été parce que dans ce moment là, avec cet usager là, pris dans cette relation, il n’a pas pu faire autrement. Il ne s’agit donc pas de le juger mais de travailler sur ce qui l’a amené à poser cet acte qu’il pense non pédagogique ou non éducatif, pour éviter que cela ne se répète.

  • L’écoute . Le groupe d’analyse des pratiques est un espace de parole certes, mais elle est également basée sur l’écoute des uns et des autres où la parole de chacun a la même valeur. Le rôle du superviseur est donc de veiller à la circulation de la parole et à son respect.

Le psychologue est garant du cadre qui permet de limiter le retentissement personnel. Il est verbalisé à chaque rencontre. Son rôle est d’être contenant pour que les professionnels se sentent en sécurité pour évoquer la ou les situations qui leur posent problème.

Dans un premier temps, le professionnel expose la situation qui l’interroge. Il s’exprime librement avec les mots qui lui parlent. Il évoque ce qui le questionne et les difficultés rencontrées.

Les autres professionnels écoutent jusqu’au bout l’exposé, le récit, puis ils peuvent demander des précisions sur la situation. Si certains d’entre eux connaissent la problématique, il peuvent également intervenir.

Cet autre temps, permet d’interroger sur ce qui se joue. La psychologue met au travail un questionnement afin que les professionnels essayent de dénouer la ou les problématiques liées à cette situation. Chacun peut s’exprimer librement et écouter son collègue.

Un apport théorique est apporté permettant ainsi d’éclairer sous un autre angle la situation exposée.

Dans une dernière étape, des propositions sont faites afin d’avancer ensemble sur cette situation.

Au travers de cette situation, chacun est amené à réfléchir sur son activité professionnelle ; cela « met au travail » une façon de penser /panser les problématiques et d’avancer dans sa pratique.

Il s’agit pour le groupe et pour chacun de prendre du recul en bénéficiant du regard extérieur.

A partir d’un vécu et d’une pratique professionnels racontés, le professionnel déplace, transfère dans cet espace ce qui est de l’ordre du vécu, de l’éprouvé, et du ressenti.

C’est un espace de parole et de pensée dans l’après-coup où la parole écoutée, entendue et élaborée par le professionnel, ses collègues, et le superviseur, va produire un sens dans la pratique.

Il s’agit donc d’un espace clinique de travail psychique s’appuyant sur l’écoute et la parole. Un lieu où l’on opère une séparation dans le ressenti émotionnel brut entre ce qui est de l’ordre de l’histoire de l’usager et de celle du professionnel. Parce que dans les métiers d’accompagnement, de soins, de relation d’aide, les professionnels travaillent avec leur formation et références théoriques, certes, mais également avec ce qu’ils sont eux-mêmes en tant qu’individus. C’est ainsi que parfois, ce que l’on ne comprend pas de l’autre, c’est ce que nous ne comprenons pas de nous-même .

L’espace du groupe d’analyse des pratiques consiste donc en un lieu de transformation des affects par la parole et l’élaboration commune au groupe.

Il est également le lieu de réflexion sur l’essence même de sa fonction, de son identité professionnelle, de ses valeurs. Un temps où l’on interroge ses missions, le sens, son identité professionnelle, son appartenance, et le cadre de son travail qui le définit.

Fiche technique du groupe d’analyse des pratiques

Objectifs :

Cette formation dans le cadre de la formation continue, doit permettre d’ouvrir un espace d’échanges, de réflexions et d’écoute afin de :

– Développer la capacité d’analyse des situations, de leur contexte et des enjeux qui les traversent.

– Travailler sur les tensions internes mobilisées dans l’exercice de l’activité.

– Découvrir les logiques mises en place et leurs liens avec les intentions, les désirs, les positions comme la posture adoptée.

– Mettre en mot, élaborer des situations vécues.

– Atténuer le sentiment d’isolement par la circulation des pratiques.

– Générer une identité et un sentiment d’appartenance professionnels.

– Prendre du recul sur des situations professionnelles complexes.

– Échanger afin d’articuler le faire, les savoirs faire et savoirs être dans une démarche collective de confrontation de pratiques.

– Acquérir et/ou perfectionner ses connaissances théoriques sur le public accueilli et les problématiques psychiques rencontrées.

 

Public concerné :

– Les séances d’analyse des pratiques s’adressent aux professionnels.

 

Moyens pédagogiques et contenus :

– Définition et mise en place du cadre de l’analyse des pratiques (confidentialité, non jugement, bienveillance, écoute, réflexion).

– Echanges avec les participants à partir de situations professionnelles exposées pour lier les données conceptuelles et la pratique.

– Apports théoriques sur les problématiques psychiques interrogées.