Supervision

De par la diversité des situations et problématiques rencontrées, les professionnels sont confrontés sur le terrain à des accompagnements complexes. Par conséquent ils nécessitent un travail de supervision afin de questionner leurs positionnements professionnels.

  • Histoire de la supervision :

En France, la supervision apparaît dans les années 1950, sous la forme individuelle pour des assistantes sociales. Ce dispositif va faire son chemin et se développer dans les années 1970 pour devenir très souvent groupal lorsqu’il est organisé par les institutions. Plusieurs dispositifs sont créés et réfléchis selon les contextes des professionnels.

A partir des années 1980, avec la crise économique, le tissu social se dégrade ainsi que les conditions de vie. Le chômage augmente brutalement et les travailleurs sociaux se retrouvent face à de nouvelles problématiques.

Dans les années 1990, le terme de « burn out » apparaît, désignant l’usure des professionnels. La loi 2002-2 vient remettre du sens aux actions des travailleurs sociaux mais réinterroge les pratiques professionnelles puisqu’elle place l’usager au centre des interventions. De plus, apparaissent de nouvelles notions comme l’évaluation, la quantification et le chiffrage des actions des travailleurs sociaux. Ces différents bouleversements entraînent depuis quelques années de nombreuses demandes de supervision pour élaborer, questionner le sens de son travail et l’éthique.

De plus, depuis peu, la supervision est reconnue par les financeurs puisque prise en charge financièrement dans les plans de formation. Elle s’inscrit ainsi réellement dans le processus de la formation continue des professionnels.

  • La fonction de superviseur :

La supervision est une fonction qu’il s’agit d’incarner avec des règles déontologiques. Ethymologiquement, superviser signifierait « voir ce qui se passe au-dessus ». C’est-à-dire, se distancier du vécu professionnel, prendre du recul.

Superviser un groupe de professionnels, une équipe, fait appel à différentes compétences.

Au-delà de l’animation, il s’agit de réguler les relations entre les professionnels et d’être garant d’une bienveillance entre eux pour que la parole puisse circuler librement. Si le superviseur s’adresse à un groupe dont il doit repérer la dynamique de fonctionnement, il ne doit pas oublier qu’il s’adresse aussi à chaque sujet dans ce groupe.

En individuel comme en collectif, le superviseur doit se trouver dans la position de neutralité bienveillante énoncée par Freud, c’est-à-dire se détacher de ses propres représentations pour accueillir la parole de l’autre. Faire place nette de tout jugement, ce qui est le principe déontologique inhérent à la fonction de psychologue. Ce positionnement pourrait s’apparenter :

  • Au fameux « holding » dont parle Winnicott, c’est-à-dire le « portage » psychique, le soutien de la parole et du vécu du professionnel. Portage qui peut, également être effectué par le groupe dans le dispositif de la supervision collective.

  • Ou encore à la fonction alpha, théorisée par Bion qui consiste à transformer les vécus émotionnels bruts en pensées, en passant par l’écoute, la parole et l’élaboration, à reconnaître l’autre dans ce qu’il vit.

Le superviseur doit avoir des connaissances théoriques sur le fonctionnement psychique lui permettant de comprendre et d’évaluer les différentes situations exposées par les professionnels.

En position d’écoute empathique, il se doit de rester en retrait et de ne pas imposer son point de vue, ni se substituer aux professionnels dans l’élaboration de la mise en place de pistes dans leur pratique. Sinon, il serait alors dans « le discours du Maître », défini par Jacques Lacan comme celui qui sait à la place et pour l’autre, position de toute-puissance qui ne permet pas l’écoute.

Le superviseur doit ainsi tenir et garantir un cadre d’élaboration, d’échanges, et d’écoute, sécurisé, tout en se tenant en retrait pour laisser émerger la parole de l’autre.

Afin de créer l’espace nécessaire à la supervision, le superviseur doit énoncer trois règles fondamentales:

  • La confidentialité. Tous les participants à la supervision qu’elle soit individuelle ou collective doivent respecter la confidentialité des échanges dans cet espace de travail. Ce principe est inhérent à l’installation de la confiance qui ne se donne pas d’emblée, mais qui s’acquière.

  • Le non-jugement. La supervision est un lieu où le/les professionnel(s) vont exposer ce qui les interroge dans leur pratique, ce qui les travaille, leur pose problème. Nous partons du principe que dans une situation donnée, l’acte posé par le professionnel qui lui pose question dans l’après-coup, l’a été parce que dans ce moment là, avec cet usager là, pris dans cette relation, il n’a pas pu faire autrement. Il ne s’agit donc pas de le juger mais de travailler sur ce qui l’a amené à poser cet acte qu’il pense non pédagogique ou non éducatif, pour éviter que cela ne se répète.

  • L’écoute . La supervision est un espace de parole certes, mais elle est également basée sur l’écoute des uns et des autres où la parole de chacun a la même valeur. Le rôle du superviseur est donc de veiller à la circulation de la parole et à son respect.

  • L’essence de la supervision :

La supervision est un espace de déplacement.

A partir d’un vécu et d’une pratique professionnels racontés, le professionnel déplace, transfère dans cet espace ce qui est de l’ordre de l’éprouvé, du ressenti, ce qui est de l’ordre du transfert sans en avoir encore conscience. De ce fait, le mécanisme de la supervision amène un déplacement du transfert, ce qui aura ses effets dans le travail.

Dans sa pratique quotidienne, le professionnel pourra se distancier de son ressenti dans une situation particulière pour lui, par ce qu’elle lui renvoie, de lui, de son vécu. Ainsi la supervision serait un mécanisme consistant à transférer le transfert.

Un espace dans l’après-coup où la parole écoutée, entendue et élaborée par le professionnel, ses collègues, et le superviseur, va produire un sens dans la pratique.

Il s’agit donc d’un espace clinique de travail psychique s’appuyant sur l’écoute et la parole. Un lieu où l’on opère une séparation dans le ressenti émotionnel brut entre ce qui est de l’ordre de l’histoire de l’usager et de celle du professionnel. Parce que dans les métiers d’accompagnement, de soins, de relation d’aide, les professionnels travaillent avec leur formation et références théoriques, certes, mais également avec ce qu’ils sont eux-mêmes en tant qu’individus. C’est ainsi que parfois, ce que l’on ne comprend pas de l’autre, c’est ce que nous ne comprenons pas de nous-même .

L’espace de supervision consiste donc en un lieu de transformation des affects par la parole et l’élaboration commune au groupe ou au duo supervisé-superviseur.

Il est également le lieu de réflexion sur l’essence même de sa fonction, de son identité professionnelle, de ses valeurs. Un temps où l’on interroge ses missions, le sens, son identité professionnelle, son appartenance, et le cadre de son travail qui le définit.

  • Le dispositif :

La supervision peut être un dispositif groupal ou individuel.

Le déroulé de la séance peut commencer une fois que le superviseur a instauré le cadre propice au travail de supervision, et énoncé les règles de cette instance.

Pour ce dispositif, il est important d’instaurer une rythmicité qui permet d’entretenir une dynamique psychique de réflexion. Les séances peuvent être envisagées tous les mois à raison 1h30 à 2h.

Fiche technique de la supervision

Objectifs :

Cette formation dans le cadre de la formation continue, doit permettre d’ouvrir un espace d’échanges, de réflexions et d’écoute afin de :

– Développer la capacité d’analyse des situations, de leur contexte et des enjeux qui les traversent.

– Travailler sur les tensions internes mobilisées dans l’exercice de l’activité.

– Découvrir les logiques mises en place et leurs liens avec les intentions, les désirs, les positions comme la posture adoptée.

– Mettre en mot, élaborer des situations vécues.

– Atténuer le sentiment d’isolement.

– Générer une identité et un sentiment d’appartenance professionnels.

– Prendre du recul sur des situations professionnelles complexes.

– Échanger afin d’articuler le faire, les savoirs faire et savoirs être dans une démarche collective de confrontation de pratiques.

– Acquérir et/ou perfectionner ses connaissances théoriques sur le public accueilli et les problématiques psychiques rencontrées.

 

Public concerné :

– Les séances de supervision s’adressent aux professionnels.

 

Moyens pédagogiques et contenus :

– Définition et mise en place du cadre de la supervision (confidentialité, non jugement, bienveillance, écoute, réflexion).

– Echanges avec les participants à partir de situations professionnelles exposées pour lier les données conceptuelles et la pratique.

– Apports théoriques sur les problématiques psychiques interrogées.